| RETOUR SOMMAIRE | Des militants tourangeaux | |
|
Jean Guillon (1908-1974) Le premier député communiste d'Indre-et-Loire Né à Poitiers dans une famille modeste, Jean Guillon fait ses études à l'Ecole normale primaire de Poitiers, puis à l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud. Il milite dans le mouvement étudiant, adhère aux Jeunesses communistes en 1930, au PCF en 1931. Licencié d'histoire, il exerce dans différents postes, puis à l'Ecole primaire supérieure « Paul-Louis-Courier » de Tours à partir de 1940. Toutes ces années il occupe des fonctions militantes tant au parti qu'à la CGTU puis à la CGT. Délégué au congrès national d'Arles du PCF en 1937, il refuse de désavouer le pacte germano-soviétique en 1939. Le résistant : son activité de résistant se retrouve dans l'article qu'il signa sur André Chartier1. Arrêté le 10 novembre 1943 à la gare de Blois par la Gestapo de Tours sous un faux nom, Jean Salado, Jean Guillon est emprisonné à Tours, puis à Compiègne d'où il part le 23 mars 1944 pour le camp de Mauthausen, où il devient membre du Comité français clandestin. A son retour de déportation, il est confirmé dans son grade de commandant FFI. Le député : A son retour de déportation, Jean Guillon devient un des responsables du Front national départemental et notamment directeur de l'hebdomadaire Tours National. Puis, membre de la direction fédérale du Parti, il est également conseiller municipal de Tours de 1947 à 1959. Jean Guillon est élu député une première fois le 21 octobre 1945, avec 35 771 voix (21,71 %). Le MRP obtient deux sièges avec 32,75 % et la SFIO également deux avec 32,29 % des voix. Il est réélu en juin 1946 à la deuxième Assemblée constituante avec 38 751 voix (22,74 %), le MRP obtient 31,43 % (deux élus) et la SFIO 26,48 % (deux élus). Les élections législatives du 10 novembre 1946 marquent une percée de la liste communiste (appelée liste d'Union républicaine et résistante) : 41 150 voix (25,54 %) et deux élus, Jean Guillon et Madeleine Boutard. Michel Debré, alors candidat radical, est battu. Jean Guillon n’est pas réélu en juin 1951 en raison de la loi électorale des apparentements. Au moment du raz-de-marée gaulliste de novembre 1958, il est candidat dans la deuxième circonscription (Tours-Nord) où il obtient 5 773 voix (14,44 %). le scrutin est devenu uninominal avec cinq circonscriptions. Jean Guillon fut un journaliste de talent, il cumule un moment son mandat de député avec la responsabilité de rédacteur en chef adjoint de l’Humanité. Il est longtemps directeur de la Voix du Peuple dans laquelle il publie entre autre, très régulièrement « Quand le vin est tiré… », en bas de la première page. Ces courts billets fustigent avec humour les politiques de droite et l’obscurantisme. Autres activités : Jean Guillon milita également dans d'autres organisations comme la FNDIRP ou l'ANACR. Il fut vice-président départemental de la Fédération des conseils de parents d'élèves. Son activité la plus marquante reste, la fondation de la Société des Amis de Paul-Louis Courier en juin 1967. Ayant consacré de nombreux écrits à l'écrivain pamphlétaire, il organise un colloque international à la Sorbonne en juin 1972. A son décès en août 1974, on peut lire dans La Voix du Peuple : « Son sens de l'humain en aidant ceux qui ont des difficultés. Le militant communiste rencontrait avec beaucoup d'autres des préoccupations qui, en son temps, furent celles de Paul-Louis Courier ».
Ferdinand
Heyder (1891-1971) Une
figure du Parti communiste en Touraine. Grand mutilé de la guerre 1914-1918 (amputé d'une jambe), officier de
la Légion d'honneur, Ferdinand Heyder, grâce à
beaucoup de prestance et à de
remarquables dons d'orateur, acquiert, entre les deux guerres, un grand
prestige, tant dans le parti que dans la population. En 1945, il manque de peu un siège de conseiller général à
Tours, battu à
la suite de manœuvres anticommunistes de la SFIO inspirées par
Jean Meunier. Il est ensuite adjoint au maire de Tours, puis conseiller
municipal. A la
rentrée scolaire de 1944, Ferdinand Heyder convoque la première réunion
des instituteurs communistes du département. Avant la guerre ils étaient
une dizaine. En 1944, nous étions au moins une trentaine à
cette première
réunion, une grande majorité de jeunes. Ferdinand en est à la fois
surpris et heureux. Ensuite, devenu responsable à la
section départementale du syndicat national des instituteurs, je
dois, avec mes camarades de tendance, me confronter, tant aux réunion
du conseil syndical qu'aux assemblées générales, à une équipe de
vieux militants réformistes, syndicalistes chevronnés. Ferdinand
Heyder se tenait dans le fond de la salle et j'entends encore le
claquement sec de la jambe artificielle annonçant qu'il se levait pour
nous soutenir vigoureusement et nous sortir de situations quelquefois
difficiles. Enfin, épisode pénible à raconter, au cours de la conférence fédérale
de mars 1950, Ferdinand Heyder est publiquement mis en cause. Il lui est
reproché d'avoir fait preuve de «
suffisance» dans l'exercice de son mandat de conseiller
municipal. Je me permis, avec un parfait suivisme, de lui demander une
autocritique publique. Ferdinand Heyder était blême, crispé, mais il
ne broncha pas sous les attaques qu'il subit avec une grande dignité. Même
à une demi-siècle de distance, je ne suis pas fier de mon attitude ce
jour-là. Par la suite, Ferdinand Heyder cessa peu à
peu toute activité politique, marquée, certes, par cette journée
mais aussi par les souffrances physiques résultant de son amputation.
Après de nombreux séjours en
maison de repos, il décède à Tours en août 1971. Article rédigé par Robert Ducol
et publié dans l’ouvrage « Communistes en Touraine 80 ans de témoignages
et de récits » |
Jacques
Decour Militant tourangeau. Né
le 21 février 1910 à Paris XVIIe arr., fusillé par les Allemands au
Mont Valérien à Suresnes, le 30 mai 1942 ; professeur d'allemand ;
écrivain, traducteur ; militant communiste, rédacteur en chef de la
revue Commune (1938-1939), fondateur dans la clandestinité de
L'Université libre (novembre 1940), de La Pensée libre (février 1941)
et des Lettres françaises (1942). Une
enfance bourgeoise. Fils
de Jules Decourdemanche, né à Paris en 1866, agent de change, et de
Marie-Madeleine Dassier née à Paris en 1875, neveu de l'orientaliste
Alphonse Decourdemanche, Daniel Decourdemanche naquit 20, rue Brunel et
vécut une enfance choyée. Dans son autobiographie remise à la
commission des cadres du PCF le 6 mai 1937, il affirme que ses parents
avaient des " sympathies chiappistes ". Il
fit ses études secondaires au lycée Carnot, puis au lycée Pasteur à
Neuilly. Il voyagea beaucoup avec son père ; il alla notamment avec lui
en Belgique en 1925, en Hollande en 1926, en Suède en 1930. Après des
études à la Faculté de Droit de 1928 à 1930, un stage chez son père
qui désirait qu'il lui succédât comme agent de change, il changea
totalement d'orientation et se mit à préparer l'agrégation
d'allemand. Il
s'était marié en 1929 avec Jacqueline Bailly, fille d'Auguste Bailly,
professeur au lycée Pasteur ; Daniel Decourdemanche nota que ses
beaux-parents avaient des " sympathies Croix de feu ". Il
passa l'année scolaire 1930-1931 à Magdebourg comme " professeur
d'échange ". En 1931, exempté de service militaire, il passa son
diplôme d'études supérieures et séjourna pendant les vacances en
Allemagne. En
1932, il fut reçu à l'agrégation d'allemand, il était le plus jeune
agrégé d'allemand de France. Son premier livre Le Sage et le Caporal
parut en 1930 sous le nom de Jacques Decour. En 1932 un deuxième
ouvrage, Philisterburg, rapportait les impressions de son séjour en
Prusse (1930-1931). En 1936 parut Les Pères, publié comme les
précédents chez Gallimard. De 1930 à 1936, il collabora à La
Nouvelle Revue française. De
1932 à 1936, il fut professeur d'allemand au lycée de Reims
(1932-1936) ; ce fut pendant cette période qu'il évolua vers le
communisme, adhéra aux Jeunesses communistes et fut, en 1935,
secrétaire de la section du CVIA. Professeur
et militant à Tours. En
octobre 1936, après avoir été trois mois professeur au lycée
d'Annecy, il fut nommé professeur au lycée Descartes à Tours et donna
son adhésion au PC (" adhésion spontanée après avoir été
très longtemps sympathisant " dira-t-il) et il devint un militant
actif ; il écrivit dans La Voix du Peuple de Touraine entre octobre
1936 et octobre 1937 ; plus particulièrement chargé des questions
culturelles, il organisa un ciné-club Ciné Liberté, jeta les bases
d'une Maison de la Culture. Il
milita au Comité des intellectuels antifascistes avec Charles Ballon et
Léopold Senghor. Sa femme Jacqueline Bailly, de " sympathies
communistes ", assurait la trésorerie de la Maison de la Culture
et de Ciné Liberté à Tours. En
mars 1937, il devint membre du bureau régional de la région
tourangelle du PC à la conférence régionale du 17 janvier 1937 ; il
fut professeur à l'école régionale communiste (décembre 1936) puis
fut responsable de sa réorganisation. Il participa aux réunions du
Comité de rassemblement populaire. Il était également membre du
syndicat des professeurs (CGT), fondateur et président du Cercle
populaire d'échecs. Association
des Amis du Maitron 2002
Marcel Longuet (1920-1992), Conseiller général
de Saint-Pierre-des-Corps Marcel Longuet (1920-1992), fils d'un petit cultivateur de la Sarthe, entre dans
la vie active comme ouvrier du bâtiment. Appelé au STO, il refuse de
travailler pour les nazis et vient vivre en Touraine. La guerre terminée, il reprend son métier et s'engage
aussitôt dans la vie militante. De 1945 à 1951,
il est secrétaire départemental CGT du bâtiment d,
en même temps, membre du bureau départemental de l'UD-CGT. Engagé également très jeune dans la vie politique,
membre du PCF dès l'âge de 16 ans, il est élu membre du Comité fédéral
d'Indre-et-Loire dès 1945. Ille
restera jusqu'en 1985. En 1954,
ses camarades lui confient la responsabilité de premier secrétaire
de la Fédération d'Indre-et-Loire. Ille reste1.1 pendant 28
ans jusqu'en 1974. Il accomplit aussi un travail considérable à
la direction nationale du PCF ( omme membre de la Commission
centrale de contrôle financier entre 1967
,-1976, date à laquelle il doit ralentir ses activités pour
raison de santé, tout en demeurant collaborateur du Comité central. (conseiller municipal de Tours de 1953
à 1959,
il est élu conseiller général ci"
canton de Tours-Est en 1956. Il
siège à nouveau dans cette assemblée à
".lIlir de 1964 et,
ensuite, sera régulièrement réélu jusqu'en 1982
(dans ce canton devenu celui de Saint-Pierre-des-Corps), date à
laquelle il passe le flambeau à Marie
France Beaufils. La tâche n'y est pas aisée mais sa droiture, la
clarté de ses prises de position lui font gagner l'estime et le
respect de ses collègues, pourtant peu disposés à son égard.
|
Madeleine Boutard première femme députée d'Indre et Loire BOUTARD Madeleine (1913-1984)
D'origine tourangelle, Madeleine Péan,
devenue Boutard par son mariage, est née en 1913 à Vouvray. Sur la
petite exploitation familiale, elle se consacre à
la gestion de la vigne. En 1944, elle
adhère au Parti Communiste
Français et devient membre de la fédération d'Indre-et-Loire. Le 10 novembre 1946,
à l'occasion de l'élection pour la première législature
de la IVe République, Madeleine Boutard est élue député
d'Indre-et-Loire au scrutin proportionnel aux côtés de Jean Guillon,
élu le 21 octobre
1945 et
réélu le 2 juin
1946 aux
deux premières assemblées constituantes. La liste du Parti Communiste
recueille 41 150 suffrages
(25,54 %) sur
221 388 inscrits,
165 174 votants et 161 080 exprimés
et arrive en seconde position derrière celle du M.R.P. (Mouvement Républicain
Populaire) qui obtient 49308 suffrages
soit 30,61 % des
exprimés. La liste devance celle des socialistes S.F.I.O. (38205
voix et 23,72
%); si Jean Meunier est réélu,
André Quénard est battu et doit laisser son siège à Madeleine
Boutard. Elle devient de la sorte à la fois la première femme
parlementaire du département d'Indre-et-Loire et la plus jeune élue au
Parlement. Membre
de la commission de l'Agriculture, elle intervient lors de la préparation
du projet de loi sur le fermage et le métayage. Ses interventions
concernent aussi les questions sociales, les problèmes du logement, les
droits des femmes; elle condamne sans réserve la politique suivie par
la France en Indochine contre les nationalistes communistes . Le
17
juin 1951,
lors des élections législatives qui se déroulent selon
le système des apparentements, Madeleine Boutard est battue ainsi que
Jean Guillon. Elle se représente le 2
janvier 1956
sur le thème de la paix en Algérie et est élue par 43769 suffrages
sur 233547 inscrits,
193570 votants
et 184750 exprimés
(23,69 %) tandis
que la liste socialiste S.F.I.O. de Jean Meunier recueille 28
302 voix (15,32
%), celle du poujadiste Lionel
Cottet 20197 voix
(10,93 %), celle
du M.R.P. Johannès Dupraz 19518
suffrages (10,56
%) et celle de Vas sor, indépendant-paysan
16066 voix
(8,70 %). Lors
des élections législatives (première législature de la ve République), elle se représente dans la troisième
circonscription d'Indre-et-Loire, celle d'Amboise-Loches. Au premier
tour, le 23 novembre
1958, elle
réunit 8 622 voix
contre 13 444 à
Gilbert Buron (Union pour la Nouvelle République), 10
839 à l'indépendant Lemaigre-Dubreuil, 4 343 au
radical Fernand Berthouin, 3 928 au
socialiste Deschamps et 3 212 à
Diot, de la Rénovation Nationale sur 58
615 inscrits. Elle est battue au second tour le 30 novembre
1958 en
ne réunissant que 10521 suffrages
contre 31 556 à
Gilbert Buron sur 58608 inscrits
et 44035 votants.
Le 18
novembre 1962,
Madeleine Boutard tente de reconquérir le siège au nom
du P.C.F. Elle recueille 7
576 voix sur 58412
inscrits et 39462 votants (20,20
%) contre
15588 voix
à Michel Debré (Union pour la Nouvelle République) et 9579
au radical Fernand Berthouin, 2962
au candidat du P.S.U. le
docteur Yves le Garrec, 1 066 à Félix Corteggiani de
l'Union Républicaine et Paysanne et 735
à Gabrielle Guihot, sans étiquette.
Lors du second tour, le 25 novembre
1962, elle
se déssiste pour Fernand Berthouin qui est élu député par 23
667 suffrages contre 20712
à Michel Debré sur 58399 inscrits, 45700
votants et 44379
exprimés. Madeleine
Boutard tente de conquérir un mandat sénatorial. Le 26
avril 1959,
au premier tour du scrutin, elle obtient 68 voix
sur 987 inscrits,
980 votants
et 958 exprimés
et n'arrive qu'en seconde position des candidats du P.C.F., Jean
Bonnin réunissant 73 suffrages. Lors du second tour, 61 suffrages se portent sur son nom contre 64 à
Jean Bonnin. Cette sénatoriale voit l'élection
de Marc Desaché et de Jacques Vassor. Elle se représente lors des élections
sénatoriales du 26 septembre 1965 et
obtient 66 suffrages (71
à Jean Bonnin) sur 1 027 inscrits,
1 024 votants et 1 012 exprimés;
elle se retire, second tour qui voit la réélection de Jacques Vassor
et l'élection de Marcel Fortier. Membre du secrétariat fédéral du
P.C.F. et rédactrice en chef de La Voix du Peuple, Madeleine Boutard
s’efface de la vie politique vers 1965
et se retire alors à Vernou. Elle décède le 18
août 1984 et ses obsèques
se déroulent à Vernou le 21 août dans la plus stricte intimité,
conformément à ses volontés. Dans une
lettre du 29 juin 1984 à Geneviève Delalay, elle avait
souhaité être inhumée «dans la plus stricte intimité, ni
fleurs, ni couronnes, ni drapeau, ni discours… ».
|