| Marie-George Buffet au Bundestag | |
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Marie-George Buffet intervient au Bundestag pour sortir l’Europe de l’ornière libérale et ouvrir un nouvel avenir , une refondation démocratique et solidaire de l’Union européenne. |
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Le texte de son intervention :
Vous comprendrez le plaisir,
l’honneur et l’intérêt que représente pour moi cette rencontre
d’aujourd’hui au Bundestag. Je remercie tout particulièrement Oskar
Lafontaine, Gregor Gysi et Lothar Bisky de me donner l’occasion, de
m’exprimer, ici à Berlin, sur la façon dont je vois l’avenir de
l’Europe. Le cadre et le lieu sont
propices à la confrontation d’idées. Avec la présidence allemande
du Conseil s’ouvre une phase de deux années particulièrement
importantes qui débouchera au printemps 2009 sur les élections européennes.
Entre-temps, au deuxième semestre 2008, la France aura assuré la présidence
de l’Union avec, je me bats pour cela, la volonté de porter
jusqu’au coeur des institutions européennes le sens profond du Non
des Françaises et des Français ! Ce mois-ci, les commémorations
du 50ème anniversaire du Traité de Rome donneront lieu également à
toute une série d’initiatives. Pour certains, cet anniversaire sera
d’abord l’occasion de célébrer cinquante ans de construction
institutionnelle de l’Europe, cinquante années de simple progression
vers l’Europe de la paix et de la prospérité. Cette vision de la
construction européenne n’est, je crois, plus vraiment d’actualité.
D’abord, elle me paraît d’un autre temps : l’Europe ne peut
plus avoir pour objectif de panser ou de dépasser les blessures de son
histoire. Partout dans le monde, elle doit évidemment rester une des
premières ambassadrices de la paix. Mais, réjouissons-nous en évidemment,
la réconciliation franco-allemande ou la réunification de l’Europe
sont derrière nous. Les équilibres mondiaux ont été bouleversés. En
cinquante ans, tout a changé ! Et s’il y a aujourd’hui un
grand besoin d’Europe, c’est bien pour de nouvelles mais tout aussi
importantes raisons : ensemble, nous avons de meilleures chances de
répondre aux enjeux de notre temps. Cette vision traditionnelle de
la construction européenne est aussi erronée : comment ne pas voir
combien la construction européenne fut petit à petit dévoyée dans la
promotion, souvent très dogmatique, d’un ordre économique régi par
les seules dogmes du libéralisme économique, entraînant par là même
l’essoufflement du projet européen ? Je pense évidemment à la
mise en concurrence des peuples, au dumping social et fiscal et plus
largement à la soumission de nos vies aux logiques de la rentabilité
financière. Ainsi, pour Airbus. C’est un groupement européen, reposant
sur la coopération étroite entre notamment la France et l’Allemagne,
portée par une grande ambition industrielle, qui a permis le décollage
de l’avionneur européen. Airbus s’est ainsi hissé au niveau du
Boeing pour symboliser l’immense potentiel de ce que ensemble, les uns
aux côtés des autres, nous pouvions faire en Europe. Et puis, fidèle aux logiques
libérales et financières dominantes, ils ont privatisé Airbus. Et moins
de dix ans après, l’A380 connaît de grands retards et dix mille
emplois sont menacés partout en Europe. Et des gouvernements, de chaque côté
du Rhin, opposent désormais les salariés Français aux salariés
allemands, à mille lieux de l’esprit de coopération et d’entraide
entre les peuples fondant pour moi le projet européen. Nous le savons. Ce
n’est pas en opposant les sites d’Airbus les uns les autres ni en
jouant sur les rivalités nationales que l’on parviendra à relancer
Airbus. A ce titre, comme nous avons demandé en France le retrait du plan
Power 8, je salue l’initiative des députés de la « Linke »
qui défendent aujourd’hui une motion pour la sauvegarde des emplois et
de l’unité d’Airbus. Seule une nouvelle gestion, à
l’abri des logiques financières et des exigences des actionnaires,
pourra protéger l’emploi, préparer l’avenir en décidant de nouveaux
investissements dans l’industrie aéronautique. C’est le sens de notre
proposition d’une entreprise publique européenne : sous le contrôle
des salariés et des élus, il serait à nouveau possible de mobiliser les
fonds publics nécessaires pour un développement socialement et écologiquement
responsable de toute notre industrie aéronautique, des sous-traitants
jusqu’à Airbus. Derrière ce terrible exemple,
on voit bien que la conception même de la construction européenne est en
débat. La profonde crise qui traverse
l’Europe n’a pas été provoquée par les NON français et néerlandais.
Ces votes en ont plutôt été le symptôme et l’expression. Je suis
convaincue que le rejet du traité constitutionnel est fondamentalement
salutaire. Il a permis la prise de conscience du dévoiement du projet
européen dans cette fuite en avant libérale. Il a entravé
l’institutionnalisation des règles du capitalisme financier pour
l’ensemble des pays européens. Il a signifié le refus majoritaire de
politiques toutes entières tournées vers la seule remise en cause de
tous ces acquis sociaux et démocratiques arrachés par le mouvement
ouvrier. Ne perdons pas non plus de vue
que l’élargissement de l’Union européenne, notre grand espoir
d’une Europe réunifiée autour des mêmes valeurs et d’un même
projet collectif, est aussi fragilisé par la violence des politiques libérales.
Ce sont de grandes parties des populations de l’est de l’Europe qui
sont également plongées dans un immense malaise social, politique et idéologique. Ainsi, la crise de l’Union
européenne n’est pas simplement institutionnelle. Il faudrait être
irresponsable pour prétendre que le seul « règlement intérieur »
de l’Union est en débat. Ce qui doit être mis sur la table, c’est
bien l’organisation de l’Europe autour d’objectifs politiques
d’une autre époque ; c’est bien la critique de ces dogmes libéraux
qui sèment partout sur le continent les mêmes régressions, les mêmes
précarités et la même pauvreté. Aussi, toutes les tentatives
visant à sauver la Constitution européenne ou à en imposer une version
abrégée sont illégitimes. Ce projet constitutionnel est caduc suite au
vote démocratique des Français et des Néerlandais. Mais elles sont
aussi hors sujet : les mêmes politiques, les mêmes recettes, les mêmes
méthodes conduiront toujours aux mêmes impasses. Si l’on veut relancer
l’Europe, il faudra d’abord la changer ! Si l’on veut donner à
l’Europe les moyens de se tourner vers l’avenir et de répondre aux
grands défis qui nous sont posés aujourd’hui, il faudra la réorienter
en profondeur ! Les grandes priorités de ce projet renouvelé se
dessinent à partir de la vie même. Elles ont pris racine dans les
mobilisations contre la directive Bolkestein et la précarité, pour la défense
du service public ou contre la guerre d’Irak. Elles ont pris corps dans
des multitudes de forums et dans le bouillonnement des débats sur les
alternatives au traité constitutionnel. Sortir l’UE de l’ornière,
comme vous le dites dans votre mémorandum, Oskar et Gregor, passe par la
démocratie, la liberté, un haut niveau de protection sociale, l’action
de l’Europe pour la paix. Je pense comme vous que la gauche doit y
contribuer avec une grande détermination. Ainsi, face au chômage, à
l’insécurité sociale et à la pauvreté généralisés partout sur le
continent, l’Europe ne devrait-elle pas se fixer une immense ambition en
matière de développement de l’industrie et des services, génératrice
d’emplois stables et qualifiés, plutôt que de miser sur le
moins-disant social et la course à rentabilité ? Ne devrait-elle
pas chercher à soutenir la recherche et l’innovation pour mieux maîtriser
notre développement économique ? Cette ambition, je la
revendique pour Airbus. Mais bien plus largement, les pouvoirs publics, et
avec eux les salariés et les citoyens, devraient disposer de tous les
moyens juridiques et financiers pour orienter, démocratiquement, tout
notre développement économique vers la seule satisfaction des besoins
humains ! La question de l’euro, de la BCE et du pacte de stabilité
est souvent venue au premier plan de l’actualité. Je sais que le sujet
est particulièrement sensible en Allemagne. Pour ma part, je suis
convaincue qu’il sera impossible de répondre à cette ambition sans
mettre la BCE au service de l’emploi et d’une croissance nouvelle et
donc sans la placer sous contrôle démocratique. Mais plus largement, devant la
profondeur de la crise écologique en Europe et dans le monde, c’est
toute notre conception du développement que nous avons à réinventer. La
responsabilité de l’Europe est, en la matière, particulièrement décisive.
Je pense notamment à la question de l’énergie. Face aux OPA et à la
constitution de grands trusts privés, la création d’une véritable
Europe publique de l’énergie s’impose, tant pour assurer la sécurité
de nos approvisionnements que pour préparer l’avenir en soutenant
notamment la recherche et la diversification de nos sources énergétiques. Derrière toutes ces questions,
c’est aussi le rapport de l’Europe au monde qui est posé. J’attends
en effet de l’Europe qu’elle porte partout dans le monde un message de
paix et de respect des droits des peuples, notamment au Proche-Orient. A l’opposé de toute
militarisation, en dehors de toute tutelle de l’OTAN ou des Etats Unis
avec lesquels les relations doivent être basées sur le principe de
l’indépendance, l’Europe doit prendre d’importantes initiatives en
faveur de la paix, du désarmement, de la solution politique de conflits,
de leur prévention en coopération avec l’ONU. J’attends qu’elle rapproche
enfin les deux rives de la Méditerranée en créant les conditions d’un
véritable co-développement avec l’Afrique. Soyons en sûrs : nous
ne vivrons pas mieux ici tant qu’ils ne vivront pas mieux là-bas.
J’attends donc de l’Europe qu’elle change le cap du partenariat
Euro-Méditerranée et plus largement qu’elle repense toute sa politique
en direction des pays du sud. Il est grand temps d’aider tous ces pays
à tourner leur activité vers la satisfaction de leurs propres besoins,
notamment en matière d’eau, d’alimentation, de santé ou d’éducation.
J’attends aussi de nouvelles coopérations culturelles et donc, à
travers tout ses engagements, la réorientation en profondeur des buts et
des missions de l’Organisation Mondiale du Commerce. Ce sont sur ces
orientations que nous pouvons agir ! Voilà ce que je propose :
un nouveau traité fondateur de l’Union. Un nouvel édifice
institutionnel suffisamment solide et démocratique pour ne pas laisser le
champ libre à la concurrence, et au contraire répondre à ces grands défis
de l’humanité, l’urgence sociale, l’urgence écologique,
l’urgence à bâtir un monde de paix et de solidarités. Pour cela, les compétences des
Parlements d’Europe seraient élargies ; la conception
traditionnelle de la coopération intergouvernementale serait dépassée
par le développement de nouvelles formes d’implication directe des
citoyens ; le principe de subsidiarité serait redéfini pour fonder
sur d’autres bases les rapports entre les Etats et l’Union ;
l’accès à l’information et l’exercice du pluralisme seraient
garantis. Une nouvelle Charte des droits, dont l’application serait impérative
dans l’ensemble de l’Union, garantirait notamment une harmonisation de
tous les droits civils et sociaux par le haut. Ne nous cachons pas la
difficulté. C’est un long combat qui exige de changer les rapports de
force en Europe et dans chaque pays ! Nous savons que ces idées
progressent, mais que les rapports de force politiques restent souvent défavorables. L’expérience du référendum
en France et aux Pays-Bas le montre : il est possible de créer les
conditions d’un vaste débat public et contradictoire dans toute la société
sur les enjeux européens. Aussi, tous et toutes ensemble,
avec l’engagement résolu du parti de la gauche européenne et du groupe
GUE / GVN, je suis certaine de notre capacité commune à organiser la
grande confrontation démocratique qui pourrait, à nouveau, préluder de
grandes victoires ! Dès lors que les citoyens sont
en situation de se prononcer en connaissance de cause, la critique grandit
à toute allure, non pas contre l’Europe en soi, mais bien contre son
orientation libérale ! Je propose donc que la
Commission ait mandat d’organiser ce débat pour un nouveau traité à
l’échelle européenne, et ce dans la plus grande transparence. Le
Parlement européen comme chacun des Parlements nationaux devrait être
consulté. Les grands axes de ce traité, élaborés dans le dialogue avec
toutes les organisations syndicales, sociales et citoyennes des 27 pays
membres, pourraient constituer l’enjeu des élections européennes du
printemps 2009. Le nouveau Parlement serait alors consulté, comme tous
les Parlements nationaux. C’est seulement dans ces conditions que les
citoyens, partout en Europe, pourront faire leur choix en toute clarté.
Le moment venu, ce traité devra être ratifié par référendum. Pour ma
part, je propose qu’il le soit dans tous les pays de l’Union. Dans cette période, je
souhaite que la présidence française de l’UE contribue résolument à
ce chantier et fasse ainsi clairement sortir les différents choix
politiques, sans masquer les clivages ni la nature des confrontations. J’avance aussi la proposition
que le nouveau gouvernement de gauche pour lequel je me bats, en France,
adresse dès mai/juin 2007 un appel solennel aux autres peuples européens
à constituer un front commun pour affranchir la construction de
l’Europe des obstacles que font aujourd’hui peser les dogmes du néolibéralisme.
C’est par les luttes sociales et politiques, les mobilisations communes
que nous ferons avancer la constitution d’un espace politique européen,
d’une volonté politique qui puisse à l’échelle européenne et dans
chaque pays faire changer le cours des choses. Je suis convaincue qu’une
telle démarche offensive, publique aurait du répondant. Dans ce sens, l’élection présidentielle
en France constitue un enjeu européen. Mon engagement dans cette
campagne, je le situe clairement dans le prolongement de notre bataille
contre le TCE que nous avions engagée dès 2003. Ce qui a été possible le 29 mai, l’antilibéralisme
majoritaire à gauche et dans le pays, cela reste notre objectif
politique. C’est notre ambition ; le sens de ma candidature à l’élection
présidentielle. Rien ne saurait nous détourner de notre objectif de
rassembler le plus large éventail de forces sociales et politiques
progressistes, afin de faire avancer ces idées de changement. C’est
vrai pour la France. C’est vrai aussi pour l’Europe. Voilà, chers
amis, les quelques réflexions dont je voulais faire part, ici, à Berlin,
dans ce Bundestag si chargé d’histoire. L’Europe est devenue dans la
vie politique française un enjeu. Je m’en félicite. Mais cela accroît
nos responsabilités, à gauche. Car j’en ai l’intime conviction,
comme jamais depuis le début de l’aventure européenne, pour continuer
l’Europe, il faut rendre l’Europe aux citoyens ! |
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